Le rêve de tout globe-trotter, l’aventure ultime, le must des cheminots, c’est prendre le train des Andes au Pérou. Christophe dans la droite lignée de ses ancêtres et cousins SNCF ne pouvait passer à côté du train Titicaca !

Ca se mérite, onze heures de trajet dans l’Altiplano, de Cusco à Puno, nous réglons notre réveil sur 4h30 de la nuit ! On rejoint la gare de Cusco, avec un pincement au coeur : nous avons aimé la douceur de vivre qui règne dans cette petite ville tranquille. Puno se trouve sur le bord du lac Titicaca. Ses eaux sont connues pour être tranquilles et très réfléchissantes (comme nous quoi !). Il se trouve au sein de la réserve nationale du Titicaca, qui abrite des espèces d’animaux aquatiques rares comme les grenouilles géantes. On n’en a pas vu ni mangé, et l’eau du lac est glaciale, on ne s’y baignera pas.

Sur le quai, les wagons d’un autre siècle nous attendent. Bois ciré, nappes blanches repassées, personnel apprêté. En voiture les Jallon !

Nos trois paires de fesses s’installent dans les grands fauteuils moelleux. Les coups de sifflet retentissent et le vieux train s’ébranle. Nous quittons le nombril du monde et sa Vallée Sacrée pour traverser les somptueux paysages de la vallée d’Urubamba, direction le Col de la Raya (4 360m d’altitude). Sa gare n’est pas la plus haute du monde, celle de Ticlio se situe à 4 818 m…

Sur le coup des 9 heures, on se régale d’un thé et de délicieux gâteaux, tout en conversant avec nos voisins australiens, de bon conseil : ils nous aident à préparer notre prochain séjour en terres australiennes.

11 heures, il est temps de rejoindre la voiture-bar pour assister à un étonnant défilé de mode andine tout en sirotant un petit cocktail : pulls d’alpaga, lainages de vigogne, c’est charmant !

Depuis la plateforme extérieure, nous profitons pleinement du vent et du panorama : défilé d’impressionnantes montagnes qui surplombent les vallées profondes du fleuve Huatanay, plateaux verdoyants de l’Altiplano, troupeaux de lamas et d’alpagas, futurs tricots et autres bonnets colorés…

Notre périple s’agrémente d’un repas succulent, preuve s’il en est du niveau du Pérou en matière de gastronomie.

Onze heures de trajet et pourtant pas de place à l’ennui, c’est parti pour une récréation musicale : un guitariste, un batteur et un flûtedepantiste (neologismo) s’installent et nous emmènent dans un registre où se mêlent rock énergique et standards plus exotiques d’Amérique Latine, dont le célèbre El Condor Pasa qui réjouit Juliette.

Plaisir pour nos oreilles, nos yeux ne sont pas en reste : une plantureuse danseuse aux cheveux de jais remue son joli costume sur les rythmes latinos dans un wagon surchauffé ! Elle invite le touriste un peu gauche à l’accompagner dans des démonstrations joyeuses… Juliette apprécie cet intermède musical et les chorégraphies que la jolie danseuse exécute avec changement de costume à chaque morceau.

Le train redescend dans la campagne, nous quittons les plateaux andins pour nous rapprocher des rives du lac Titicaca. C’est le lac navigable le plus haut du monde, rien que son nom évoque magie et aventure. Pour le péruvien, Titi est justement péruvien et Caca, eh bien, bolivien !

L’entrée dans la ville de Puno est en soi une véritable épopée : une fois traversé les banlieues en construction (les boliviens paient moins d’impôt si leur bâtiment n’est pas achevé), nous voici immergés au coeur de la cité et son effervescence…

Nous n’en ratons pas une miette, depuis la plateforme extérieure, nous voilà en plein coeur du marché quotidien, passant à quelques centimètres de centaines d’étalage. Les étals disparaissent au passage du train et se réinstallent à même les rails juste après : quincaillerie, fruits et légumes, bouquinistes, c’est un joyeux bouillon d’activité que nous traversons dans le panache de fumée de notre locomotive.

Signes de la main, sourires, les habitants sont plutôt bienveillants avec ces touristes qui voyagent sur leurs rails, jusqu’à ce que surgis de nulle part, de petits plaisantins nous aspergent de mousse à raser : nous avions oublié que c’était le carnaval ! Juliette, arrosée, surprise, se met à pleurer : «Ca pique les yeux !»
Mais les malins sont déjà loin, la tradition veut qu’on s’asperge d’eau et de mousse à raser pendant cette semaine de début mars.

Voilà une journée de voyage mémorable que la mémoire d’éléphant de Juju n’oubliera jamais !