Lima, c’est pas l’Pérou, en tout cas pas celui de notre imaginaire. Nous quittons la capitale pour la seconde ville du pays, en nombre d’habitants : Arequipa la blanca del eterno cielo azul.

C’est notre premier camp de base en altitude. On passe d’un coup de 300 à 2 300m d’altitude.

La quantité d’oxygène disponible à 3000 mètres correspond aux deux tiers de celle disponible au niveau de la mer.
A 5.000 mètres, elle est de moitié inférieure.

Les premiers signes se font sentir : mal de tête, essouflement, fatigue et insomnie, le “soroche” n’est pas une légende ! Nos corps doivent s’adapter et générer davantage de globules rouges.
Quant à Juju, aucun problème d’altitude ! Sauf qu’on découvre que sa glycémie joue les montagnes russes : on contrôle donc plus attentivement en adaptant ses doses d’insuline. Voir notre focus diabète.

Après une journée d’acclimatation en douceur, (repos, farniente et petite sortie tranquille vers la Plaza de Arma sous les arcades, visite version cool du couvent de Santa Catalina, Notre nuit sera blanche comme Arequipa, classique !

A peine pré-pré-acclimatés, nous voici assis dans le mini-bus, entre une famille de péruviens et un petit couple d’amoureux allemands de Nuremberg. Premier arrêt à la sortie de la ville pour s’approvisionner en feuilles de coca, censées nous aider à affronter les 5 000m du col de Patapampa ! Rien que le nom te tape déjà sur le système !

D’Arequipa, la route vers Chivay contourne la chaîne des volcans du Chachani pour monter à une altitude de 4910 mètres. C’est le domaine de la pampa, immense étendue désertique où vivent les alpagas, les lamas domestiques et les vigognes.

Quelques chiffres pour nous rassurer :

On considère que le mal de l’altitude (ou “sorojche” dans les Andes) affecte environ :
15% des gens à partir de 2.500 mètres, dont Christophe et moi
60 % des gens à partir de 4.000 mètres dont Christophe et moi
tout le monde en haute altitude (plus de 5.000 mètres) sauf Juliette !

Trêve de statistiques et autres migraines, nous voici sortis d’Arequipa et dans les lacets de la route de montagne, émerveillés, nous mâchons nos premières feuilles (beurk !) et croisons nos premiers lamas !

Ce ne sont en fait pas des lamas mais des alpagas ! Commence alors le cours magistral de notre guide Henry sur les différentes espèces de camélidés d’Amérique du Sud. Nous devenons incollables sur la taxonomie de ces descendants des chameaux et autres dromadaires, ayant perdu leur(s) bosse(s) dans les méandres de la génétique.

Pour ceux qui l’ignoreraient encore, nous trouvons ici quatre sortes de ces bestioles :

la vigogne, trop belle, gracieuse, aux yeux de biche
le guanaco

Ces deux-là sont sauvages, impossibles à domestiquer, les spécimens qu’on essaierait d’apprivoiser se laissent mourir

l’alpaga, le plus touffu
le lama

Trêve de considérations scientifiques, le premier contact avec les camélidés se passe parfaitement, il n’en sera pas toujours de même, point point point !

On les approche, on les caresse, Juliette se méfie mais se laisse finalement apprivoiser par ces drôles d’animaux. Après quelques papouilles et photos sur les volcans, quelques lacets, quelques épingles, quelques dénivelés positifs, nous stoppons au point culminant du parcours ; le Col de Patapampa et ses 4 910m !

Panorama sur les volcans à couper le souffle (déjà bien coupé par l’altitude…) :
Hualca Hualca, Sabancaya et Empato : la Vallée des Merveilles, impressionnante de contrastes et de mélanges. Nos efforts et petits maux valent bien la beauté des lieux.

Enfin, nous sommes tout de même heureux de redescendre rapidement à un niveau plus humain : le village qui ne se trouve qu’à 3650m nous attend pour un buffet typique. Au menu, viande de lama, palta (avocat), et autres spécialités locales. Pour digérer tout ça, une pause s’impose : les eaux thermales de la Calera sont bienvenues. Bien que refroidies (elles sortent de la terre à 80 °c), elles sont encore trop chaudes pour Juliette qui n’y trempe qu’un orteil (36°c).

Après trente minutes de cuisson, nous sortons de là à point et détendus pour rejoindre notre ranch du soir dans le petit village de Yanque. Seuls clients, dans ce coin reculé de la vallée, on peut dire que la nuit fut calme.

Au bout de cette nuit reposante mais des plus courtes, levés à 5h30, nous sommes frais et dispos pour le fameux Canyon de Colca. Premier arrêt folklorique et artisanal sur la place du village. : les jeunes dansent autour de la fontaine, en costume traditionnel, farandole de couleurs et de jupons virevoltants sous le soleil matinal. En arrière plan, le volcan enneigé au nom puissant de Sabancaya qui crache ses fumées pour rappeler qu’il n’est pas si semi-actif que ça, mais bel et bien vivant !

C’est un début de journée hors du temps, loin de tout, à la fois serein et animé. Quelques mamasitas vendent les tricots qu’elles confectionnent tandis que d’autres, parées de leur plus beau costume se laissent prendre en photo avec leurs bébés alpagas (so cute!) pour quelques pesos.

Après quelques clichés, – le bébé alpaga n’aime pas le selfies -, nous reprenons la route vers le belvédère de la Cruz del Condor. Vous l’aurez compris, malins que vous êtes, nous allons guetter l’oiseau géant, l’oiseau mythique, l’oiseau symbole, el condor que pasa ! Roulement de flûtes de pan ! Nous sommes prêts à dégainer nos appareils photos, à l’affût du charognard à l’envergure royale (jusqu’à plus de 3m50). Plus beau de loin que de près, il faut bien le dire…

Aux aguets, immobiles, dans la fraîcheur de ce matin altiplanique, une heure trente plus tard, engourdis par l’attente, toujours pas de condor… on dira que le condor nous a posé un viscacha (lapin péruvien typique)…

Quand soudain, surgissant de nulle part, surgit le condor noir !

Furtif, l’animal disparait très vite dans la brume du canyon. Pas le temps d’une photo… Vivent ici 40 spécimens qui, chaque matin ou presque, profitent des courants d’air chaud pour laisser soulever leurs quelques 17 kilos : c’est un volatile si lourd qu’il ne sait décoller sans un courant ascendant.
Quelque peu déçus, nous reprenons nos places dans le mini-bus. Nous quittons le belvédère empli de touristes désappointés pour redescendre dans la vallée oh ah, de Colca la li la la ! On ne se laisse pas envahir par la déception !
Au détour d’un virage, majestueux, facétieux, une escadrille de 7 condors se donnent en spectacle pour notre plus grand plaisir. Ils tournent avec grâce au-dessus d’une colline en terrasses verdoyantes. Notre réveil aux aurores est nettement récompensé !

Dans la Vallée de Colca, oh, ah !